En préambule : il m’a fallu quatre ans pour rédiger cet article.
Le lire reste douloureux car fait rejaillir des moments particulièrement difficiles.
Je n’ai pas trouvé d’image pour illustrer ces mots.
Ces mots sont parfois maladroits, les phrases chaotiques, saccadées, dures…
Le tout est écrit avec le coeur, sans filtre.
Novembre 2021 : je prends le mur du burn-out.
J’ai perdu toute envie
Tout plaisir
Toute joie de vivre
Je ne servais à rien
À personne
Je suis shooté aux médocs
Antidépresseurs
Anxiolytiques
Beaucoup
Je fais un peu de sport
Je fais un peu de moto
Je relève un peu la tête
Avril 2022 : mon employeur me met un coup de pelle administratif
Je tombe bas
Très bas
Avant, je pensais avoir touché le fond… mais maintenant je creuse
Je fais des crises de panique
Violentes
Tous les jours
Plusieurs fois par jour
Je prends beaucoup de médicaments
Trop
Seroplex (20mg)
Alprazolam (Xanax – 0,25mg, entre 4 et 6 par jour)
Mirtazapine (15mg)
Je ne peux pas sortir de chez moi
Bloqué
Prisonnier
Quand je sors, je ne peux pas passer dans certains endroits
Bloqué
Paniqué
Je suis prisonnier de mon cerveau
Se lever le matin est une épreuve
Pourquoi se lever
Alors pourquoi vivre
J’ai pensé à mourir
Souvent
Très souvent
Tous les jours
Le combat pour se lever devient un combat pour ne pas en finir
Et un jour ton Amour de ta vie t’empêche de partir de la maison
Elle te connaît, elle sait ce que tu veux faire
Elle te sauve la vie
Encore et encore
J’ai fait une psychanalyse
Je suis une psychothérapie
J’ai commencé à relever la tête
Peut-être que ce n’est pas moi le problème finalement
J’ai repris la moto
J’ai fait un voyage avec ma femme et mon fils
La moto m’aide à avancer : concentré et oxygéné
J’ai relevé la tête
J’ai repris (un peu) le sport
J’ai relevé la tête
Novembre 2022 : le médecin expert, professeur en psychiatrie reconnait que ma maladie est une maladie professionnelle
J’ai relevé la tête encore un peu
Les commissions spécialisées reconnaissent que ma maladie est une maladie professionnelle
J’ai relevé la tête un peu plus
Le problème ne semble vraiment pas venir de moi en fait
J’ai refait un voyage moto avec mes Potos, mes amis motards depuis 20 ans
J’ai refait un voyage moto avec ma femme et mon fils
Juillet 2023 : je prends un monstrueux coup de pelle sur la tête
La rectrice décide de ne suivre ni les experts, ni les médecins, ni commissions spécialisées
Je retourne d’un coup au fond de mon puit, je dois surnager et creuser en même temps
Comment faire
Quoi faire
Colère
Désespoir
Je fais de nouveau beaucoup de crises d’angoisse et de panique – terribles
Mourir ?
Se battre ?
Mourir
Finis les tourments
Plus cette torture mentale
Plus ce combat quotidien
Fini
Allez, arrête de nager
Laisse-toi couler
Pars
C’est ce que tout le monde attend de toutes façons
Et tu penses à celle qui t’a sauvé la vie
A ta moitié « pour la vie, pour le meilleur et pour le pire »
Et tu penses à tes enfants adorés
Abandonner, c’est donner raison à la machine à broyer
Ce n’est pas ce que tout le monde attend, mais ce qu’ »ils » attendent
C’est laisser d’autres subir le même sort
C’est oublier qui tu es
Je me lance finalement dans un procès
En octobre, le juge des référés du tribunal administratif de Nantes me donne une bouffée d’oxygène
(juridiquement : il y avait bien urgence à statuer pour me maintenir dans ma position administrative pendant l’instruction complète de ma situation, ET « l’erreur manifeste d’appréciation dont est entachée la décision en litige est de nature à faire naître un doute sérieux sur sa légalité »)
Je reprends à nouveau le sport
Je relève la tête… un peu
J’ai toujours ces attaques de panique et ces endroits “interdits” près desquels je ne peux pas passer
Je travaille dur (oui, c’est un vrai travail, et c’est terriblement douloureux) avec ma psychologue : je sors en vrac de chaque séance, mais grâce à elle, je trouve refuge dans « une carte postale mentale »
Ça marche
J’arrive à commencer à gérer une partie de mes crises de panique grâce à ça
Mes cartes postales virtuelles deviennent réelles avec de nouveaux voyages moto, avec d’incroyables moments de contemplation, d’oxygénation, d’évasion, mais aussi en réveillant les souvenirs de voyages et de rencontres antérieures.
La moto oblige à se concentrer sur tout : la route, les trajectoires, l’état de la chaussée, la météo, les autres, et si c’est parfois compliqué avec les médicaments (3 chutes, à l’arrêt heureusement, témoignent de ce déficit d’attention) , mais je ne pense pas à autre chose.
Je me plonge dans des vidéos, des photos de souvenirs
Je décide de partager ces cartes postales sur les réseaux sociaux
Si ça me libère, m’apaise, me permet de m’évader, peut-être que pour d’autres aussi
Ça ne s’appelle pas encore comme ça, mais la base de Mototherapy est posée.
La première pierre.
Fin 2023, je fais une rencontre totalement inattendue : j’ai retrouvé Dieu
Lui, ne m’avait jamais oublié et m’a juste montré le chemin.
Il m’a saisi le bras
Il a laissé 99 brebis pour aller en chercher une qui était perdue, moi !
La Foi devient une facette de mes refuges mentaux : je prie quand je vais dans mon refuge carte postale
Je gère mieux les crises de panique, je sens ces attaques arriver, et je connais mon refuge
La pierre angulaire de Mototherapy est posée, le roc sur lequel je peux tout faire reposer.
Ça devient une évidence : je dois partager cette expérience
Savoir qu’on n’est pas seul à vivre cela, que la santé mentale est fragile et qu’on peut se retrouver du jour au lendemain, passer d’être un battant, un analyste dans le contrôle, à ne plus rien contrôler
Savoir qu’on peu passer de la joie de vivre chaque instant à l’envie incessante d’en finir
Savoir qu’on peut s’évader en fermant les yeux
Savoir qu’on peut s’évader en les ouvrant sur les merveilles de la création qui nous entourent
Savoir qu’on peut s’y sentir protégé et à l’abri
Savoir qu’il veille sur nous et qu’il t’aime
Savoir que la souffrance psychologique, la détresse psychique tue, et qu’il faut en parler, qu’il faut parler, et qu’il faut écouter
Mototherapy est né
Je tiens à préciser qu’à la mise en ligne de cet article, je suis en « congé pour invalidité temporaire imputable au service » pour la durée de mon procès contre mon employeur Education Nationale (le rectorat de Nantes).
Vous avez lu les grandes lignes de cette situation au-dessus.
Selon le déroulement de ce procès (une procédure en tribunal administratif dure en moyenne 3 ans, et a commencé pour ma part avec la procédure de référé en septembre 2023, puis une clôture de l’instruction en mars 2024), mon avenir commencera à se dessiner ; impossible de me projeter dans quoi que ce soit de plus précis d’ici là !
Mais vous serez informés de son issue, ici comme sur les réseaux sociaux ; ça sera la seule entorse à mon règlement « rêve, évasion, oxygénation », même si finalement, c’est plutôt logique, puisque cette situation et ma survie sont à l’origine de la création de ces pages !
Je n’aurais jamais imaginé que ces pages Facebook et Instagram attireraient plus de 20000 followers en deux ans !
Je n’aurais jamais imaginé que ces vidéos et ces photos d’évasion, d’oxygénation seraient vues plus d’onze millions de fois en 2025 !
Je n’aurais jamais imaginé avoir des échanges tellement doux et touchants avec un bon nombre d’entre vous.
Je n’aurais jamais imaginé passer de rencontres et d’échanges virtuels, « online », à des rencontres « IRL », dans la vraie vie, avec certains d’entre vous.
Merci !
Du fond du coeur, merci !

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